REPORTAGE - Statues de Marie, crèches
de Noël, tintement des cloches des églises… la présence de ces
signes religieux qui habitent le quotidien sont de plus en plus
fréquemment contestés devant les tribunaux au nom de la «laïcité».
L'objet du scandale et de la discorde s'appelle Marie. La Vierge
Marie. Outre que l'oxymore ne manque pas de sel, la reine du Ciel est
aussi l'objet d'un drôle de paradoxe: elle se retrouve devant la
justice des hommes. Sur les bancs du tribunal administratif de
Grenoble,
au
cœur d'une bataille juridique ubuesque qui électrise les 6 266
âmes de Publier, en Haute-Savoie. La fâcheuse, sise dans un parc de
la commune depuis 2011, irrite la conscience des défenseurs de la
laïcité. Il s'agit d'une «grave atteinte à la liberté de
conscience des citoyens», «ce n'est pas dans les prérogatives d'un
maire ou d'un élu de dire qu'un dieu ou une déesse existe ou
n'existe pas», argumentent-ils. Un administré porte l'affaire en
justice, suivi par une association de militants prônant la
libre-pensée. Piqué au vif, le maire (DVG) vend la statue à une
association cultuelle. Mais si elle n'est plus propriété du domaine
public, la parcelle où elle est édifiée reste communale, elle.
Qu'à cela ne tienne, l'élu décide de céder à la même
association les 46 m² de terrain concernés. Au lieu de
s'apaiser, les esprits s'enflamment. L'État, garant de cette grande
valeur foncière, saisit la justice. «La manœuvre est impossible»
puisque «le bien est toujours utilisé par le public ou affecté à
un service public», juge la préfecture de Haute-Savoie qui se rend
devant le tribunal administratif de Grenoble pour s'opposer à la
cession de la parcelle. «Pour la vendre, il fallait d'abord qu'elle
soit déplacée du domaine public», grince-t-elle.
De
plus en plus de contentieux de ce type viennent parasiter le
quotidien des collectivités et encombrer les tribunaux. Aux débats
sociétaux sur le port du voile dans l'espace public, la viande
hallal dans les cantines, les prisons ou les hôpitaux, s'ajoutent
désormais des querelles de riverains sur le déboulonnage de
statues, la débaptisation de places «Jean-Paul-II», le muselage
des cloches d'église sonnant les heures, l'interdiction de crèches
de Noël sur la place du marché... «On étire le principe de
laïcité jusqu'à l'essorer, résume le maire d'un village du Nord,
condamné par la justice à enlever les santons installés sur la
place du village. On nous parle de radicalisation religieuse avec la
montée des communautarismes, mais ce qui est sûr c'est qu'on
assiste à la poussée d'un intégrisme laïc qui conduit à tous les
excès», s'indigne-t-il.
Ces
crispations sont si fortes que l'Observatoire de la laïcité, créé
en avril dernier par le président de la République, vient d'éditer
un guide à l'usage des maires et des élus locaux pour «gérer»
ces différends. Un mode d'emploi rappelant la loi avec des outils
pédagogiques, jurisprudence à l'appui, pour appeler à «une
laïcité d'apaisement», comme aime à le répéter son président,
le socialiste Jean-Louis Bianco. Il y a quelques semaines, à Scaër,
dans le Finistère, c'est une maison de retraite qui a dû se séparer
d'une Vierge à l'Enfant, au nom de la laïcité, sur plainte du
parent d'un résident. La mosaïque trônait dans le hall d'accueil
de l'établissement public, donnée par une association allemande
amie de la commune depuis 20 ans.
À
Noël, on s'en souvient, c'est la crèche
des cheminots dans la gare SNCF de Villefranche-de-Rouergue, dans
l'Aveyron, qui avait provoqué la polémique. Avec des santons, un
«signe religieux ostentatoire», s'était plaint un usager, c'est à
la neutralité d'opinion qu'on s'en prenait, c'est la laïcité qu'on
pourfendait. Intolérable. Si bien que les agents qui avaient cette
coutume depuis dix ans pour égayer leur gare l'avaient
ostensiblement bâchée pour montrer leur mécontentement. «Une
démesure ridicule!» avait alors confié auFigaroJean-Louis Bianco,
président de l'Observatoire de la laïcité. «La présence de
crèches sur la place du village, dans les maisons de retraite ou
dans tout espace public est inadmissible, estime Yves Pras, président
du Caedel Mouvement Europe et Laïcité. Non seulement cela ne
respecte pas les autres façons de penser mais en plus cela ouvrirait
la porte aux demandes des autres religions.»
À
Boissettes, en Seine-et-Marne, ce sont les
cloches de l'église qui ont cessé de sonner le 1er janvier
2014, sur décision de justice. Elles portaient elles aussi
atteinte à la laïcité. Le couple plaignant, fraîchement installé
dans la commune, a gagné, la cour d'appel de Paris s'étant appuyée
sur la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État pour
rendre son arrêt. Pour que les sonneries soient licites, a-t-elle
dit, il eût fallu prouver qu'elles relevaient d'«usages locaux»
antérieurs à la loi 1905. Faute de témoignages ou
d'enregistrements de l'époque, naturellement la messe était dite.
«On
utilise l'arme du droit dans une société qui s'est de plus en plus
judiciarisée»
Philippe Portier, directeur du Groupe sociétés,
religions, laïcités au CNRS
Si
crèches, cloches et statuettes sont attentatoires à la sacro-sainte
laïcité, quid d'une reproduction d'un Caravage ou d'un Michel-Ange
sur le mur d'une MJC ou d'un récital de musique sacrée dans une
salle des fêtes? Que dire du calendrier de l'Avent affiché dans le
coin des petits à la bibliothèque municipale? Que dire du
calendrier tout court qui, peuplé de saints et fêtes religieuses,
organise la vie et le temps de la cité? «Mais pourquoi renier la
tradition et tous les signes témoins de notre histoire, de notre
culture et de notre patrimoine?» se demande Rémi, un maire du
Perche qui ne croit «ni à Dieu ni à Diable». Parce que
«l'exculturation et la déculturation de nos sociétés sont à
l'œuvre, répond Philippe Portier, qu'elles sont une des
conséquences de l'individualisation du monde: on ne se reconnaît
plus dans les signes communs, ils ne font plus sens. Ces signes d'une
tradition universellement partagés autrefois sont devenus
aujourd'hui des affirmations de prosélytisme.» Pour lui, une des
raisons principales de ce «zèle antireligieux obsessionnel» est
«la stigmatisation de l'islam ces dernières années», qui a eu «un
effet de rejet sur le christianisme».
À
l'inverse, provocations et détériorations contre les symboles de la
laïcité se multiplient aussi dans l'Hexagone. Des «arbres de la
laïcité» sont régulièrement décapités, à Angers ou encore à
Bordeaux, des allégories de la laïcité en statue ou en fresques
sont taguées, les plaques indiquant «place de la Laïcité» sont
dévissées. Au cabinet du Défenseur des droits, Dominique Baudis,
on dit être «de plus en plus saisi pour trancher les contentieux de
l'expression religieuse». Pour un magistrat parisien, ces
crispations viennent du fait qu'«on est dans un gué du point de vue
du droit». La loi de 1905 «a été faite pour la religion
catholique, veut-il rappeler, or avec la montée des autres religions
et la pression sociale, on se pose des questions que la loi ne
pouvait prévoir, par définition». Mais, pour lui, «on doit
respecter les particularismes mais ne pas les ériger en système».
Le
«djihad laïc», comme le surnomme une sociologue des religions,
compte de nombreuses victoires juridiques
Nerf de «l'ultraneutralisation» de l'espace public, les signes
religieux ne sont que la partie ostensible de cette radicalité qui
se diffuse plus discrètement dans les esprits. Il y a quelques
semaines, la visite du château de Vincennes des élèves d'un
collège public de Bagnolet vire en eau de boudin, au moment où
l'enseignant fait passer le groupe par la case chapelle. Une poignée
de récalcitrants refuse d'entrer. On crie au conflit d'opinions, au
prosélytisme, à la violation de la laïcité. Les contestataires,
le lendemain, seront convoqués par le directeur de l'établissement
scolaire avec profs et parents pour préciser à tous cette grande
différence contenue dans une seule petite lettre: cultuel et
culturel.
Le «djihad laïc», comme le surnomme une sociologue des
religions, compte de nombreuses victoires juridiques. Très actifs
auprès des tribunaux, les partisans de la libre-pensée, farouches
défenseurs de la laïcité, ont récemment obtenu du tribunal
d'instance de Châteauroux la radiation de dix moines de Fontgombault
(Indre) des listes d'électeurs de la commune. Ils traquent aussi la
moindre subvention des collectivités en faveur de l'enseignement
privé ou de l'organisation de fêtes patronales. C'est ainsi, il y a
deux ans, qu'ils ont fait condamner une commune du Limousin à cesser
le financement d'une procession ancestrale, qui aurait disparu sans
cela, et à rembourser les aides octroyées. Idem à Lyon où le
cercle laïc Maurice Allard a gagné un procès contre la ville qui
avait donné 6 000 euros pour l'organisation annuelle du
«pardon des mariniers», fête qui met à l'honneur tout un week-end
la batellerie sur le quai Rambaud avec des activités portuaires mais
aussi la célébration d'une messe. Autant de «violations» qui font
l'objet d'un «livre noir» appelé aussi «inventaire laïc» où
elles sont dûment consignées département par département...
Pour autant, nuance le chercheur Philippe Portier, «il ne faut
pas prendre la minorité, même active, pour une majorité. La
plupart des citoyens se retrouvent dans une conception patrimoniale
du fait religieux, un vaste mouvement recherche aujourd'hui du
réenracinement, du repère, pour construire le vivre ensemble».
C'est bien pire que cela, nous entrons dans une dictature qui ne
veux pas dire son nom et qui nous amène à grand pas vers la perte
de nos valeurs de nos idées, de nos habitudes, de nos us et
coutumes. je préfère voir dans un square une statue de la vierge de
Jésus ou d'un Saint que certaines horreurs que l'on voudrait nous
faire prendre pour de l'art, et que ceux que cette vue chiffonne ou
révulse... qu'ils aillent voir ailleurs.